Donner de l'importance à ce qui n'en aura plus, dans dix ou vingt ans, quel sens auras-tu, quelle part dans mon existence? Tu seras un point du passé, aspiré, déchiré, oublié, jeté à la poubelle, ce point qui me gratte et que j'ôte d'un revers de main, tu ne seras rien, rien du tout. Pourtant, on se jurait tellement de belles choses, dont l'éternité, du vrai, du vrai à en crever, on se jurait l'intemporel, l'universel, on se jurait ce qui n'est plus. Et puis on se lasse, mes sourires grimacent, tes rires m'agacent, je te regarde mais je ne te vois plus. Et puis la mélancolie, quelques temps plus tard, on se dit, cette vie-là n'était pas si mal, ce temps qui passe, il fait le tri, je n'ai pas choisi, mais toi tu restes, toi tu viens. Toi tu casses et toi tu passes. J'ai pas choisi, mais c'est comme ça, on a beau se tendre les mains, essayer de déceler une braise dans les cendres, on a beau se gueuler que l'on ne veut pas se quitter, tu es déjà trop loin, derrière, derrière, tout là-bas. On a beau se tenir, s'arracher, rien à faire tu passes à travers moi, et puis l'on se lasse, à quoi bon s'acharner, tu ne m'intéresses plus, je te trouve puéril, inintéressant, tu es resté au bac à sable tandis que je suis grimpé sur le toboggan. Bien sûr, je redescendrai, parce qu'il le faut bien, mais à ce moment là il sera trop tard, et je m'en fous. On n'ira pas se battre avec les pelles et les râteaux, c'est bien pire on s'en moque. L'indifférence a remplacé l'ennui. Je me fous de ce que tu deviens, tu te fous de ce que je deviens. Tu es une poussière parmi les autres, et je ne vaux pas mieux à tes yeux. Pour l'instant cela me sert encore un peu le ventre, mais je m'en remettrai. Adieu.